Dance between culture and civilisation: Reforming dance in Russia, 1900-1924
Материал из HEPTACHOR.
Irina Sirotkina
LA DANSE ENTRE CULTURE ET CIVILISATION : LA REFORME DE LA DANSE AU DEBUT DU VINGTIEME SIECLE
La réforme de la danse, qui au tournant du neuvième et vingtième siècles existe sur deux modes différents: le ballet des théâtres académiques et le music-hall, emploie une certaine stratégie. Cette stratégie a pour but d’élever le statut de la danse, qui ne servait auparavant que d’une distraction ou amusement quelconque. Les réformateurs de la danse aspirent de la faire un art prestigieux, élevé et sublime, de l’approcher à la Culture au sens allemand de Buildung.
Les années 1920 en Russie, ainsi que plus largement dans toute l’Europe, sont marquées par la fascination qu’exercent le mouvement corporel et la danse. La danse nouvelle prétend d’être un art, une pratique de formation de soi, un instrument de l’émancipation et un mode de vie. Elle aussi provoque une fascination intellectuelle intense qui a nourri des réflexions et des débats théoriques. A Berlin se tiennent de nombreux congrès au sujet de L’art du mouvement, où sont présentées plusieurs approches de la gymnastique et de la danse. En 1926, le Congrès du rythme a lieu à l’Institut Jaques-Dalcroze à Genève. En Russie, la danse entre dans la sphère d’intérêts de l’Etat soviétique. L’Académie des sciences de l’art, établie sous les auspices de l’Etat, ouvre un laboratoire de « choréologie ». Les fondateurs de la danse nouvelle – que l’on appele souvant « libre » – ajoutent à leur pratique une philosophie plus ou moins originale. Pour la plupart d’eux, la danse est l’expression d’un élan créatif et l’affirmation d’une liberté de l’esprit. Les ambitions intellectuelles de certains danseurs les conduisent à des études universitaires parfois couronnées par l’obtention de diplômes. Le pionnier de la danse libre en Hongrie, Valérie Diènes (1879-1978), étudie les mathématiques et la philosophie à la Sorbonne ; elle fait sa thèse avec Henri Bergson. Sa collègue russe, Stéfanida Roudneva (1890-1989), fondatrice du group ‘Heptachor’, étudie l’histoire de l’antiquité à une école supérieure pour les femmes avec l’historien Thaddeus Zelinski.
On peut donc compter au moins trois tactiques différentes pour transformer la danse en vrai art:
- lier la danse avec l’antiquité – le berceau de la culture européenne ;
- démontrer que la danse est quelque chose de profond, sérieux et important – non pas moins que la philosophie ou la music classique – qui peut se prononcer sur les questions de l’existence humain ;
- associer la danse aux progrès de la civilisation contemporaine.
Tout ces moyens s’emploient en Russie aussi qu’en Occident ; en résultat au vingtième siècle le statut de la danse survol, celle-ci devient un art égal aux autres et obtient accès aux meilleures salles de théâtre ainsi qu’au public raffiné.
